Tuesday, July 03, 2007

Ayant sous les yeux à cet instant une carte représentant le sud-ouest de l'allemagne, avisant les distances qui séparent en réalité les villes telles que Weingarten, lieu fatal du dénouement de la guerre des paysans, Constance, Friedrichhafen Bregenz , et Ravensburg je me disais que les soi-disantes mortifications imposées autrefois par l'exercice consciencieux de la religion n'étaient, comme il me parrait évident aujourd'hui, qu'un prétexte pour amorcer un parcour menant à l'annoblissement non pas seulement de l'âme mais aussi celui de la chair. Ou plutôt des deux, en amoindrissant les exigeance de la chair, en faisant passer l'ame à l'immobilité relative et toute matérielle de la chair. Pour établir une coincidence entre les deux dont un des effet serait un silence dans lequel se noient tous les sons, la musique etc. Il ne faut tenir compte que du résultat d'un procédé pour en faire ressurgir les motifs inconscients qui ne peuvent être dans ce cas-ci qu'une suspension de la vie, du mouvement de la vie. Posant alors ma tasse de café, boisson que je prend toujours très concentrée, noire, je confirmais ce que je savais déjà, qu'il était deux heures de l'apres-midi, moment du jour où je n'envisageais jamais comme d'habitude de reprendre le cours interrompu des lectures de la matinée, mais auusi peut-être que si, j'allais peut-être en fait en reprendre le cours, j'empechais le chat de bondir sur la table en le faisant reconsidérer son intention d'un geste, d'un petit son négatif, familier. Coupant court tout simplement. Bamberg. La nappe lisse couleur sang de boeuf avait été retroussée vers l'autre coté de la table afin de permetre le déploiement de la carte et cachait dans ses plis rabattus sur les restes sales du repas, le résidu de fécule provenant des grains de sarazin bouilli qui avait durci sur un coin de l'assiette, la croute soigneusement gratté qui était ce qui restait de la mince couche de fromage y reposait toujours, transpirait de minuscules goutellettes d'acides gras non émulsifiés dont la tiédeur de la pièce causait le dégagement. A la sortie d'un décevant récital qu'il avait donner dans cette ville il avait bousculé en se pressant sur l'escalier étroit qui remontait vers la sortie qui donnait sur la rue un petit homme d'allure insignifiante, auprés duquel il s'était ensuite excusé avec une aisance parfaite qu'il l'étonnait encore maintenant, tant elle semblait peu probable compte tenu de la confusion engendrée par la bousculade elle même engendrée par un état de distraction de son esprit, peu attentif aux contingences qu'impliquent les déplacements physiques, son esprit n'étant plus dans la salle, présent à la musique, mais ailleurs, sans qu'on puisse dire que la musique ne jouait qu'un role secondaire dans ce déplacement, d'accompagnement si l'on veut, il était peut-être à Berlin, pas le vrai berlin bien sûr puisque marchant le long du canal le soir, flanant dans une allée obscure du Lustgarten après un concert il n'était que dans la projection du rêve de cette ville, dans le refoulement à quelque part dans le temps imaginé du courant de son histoire, c'est à dire son annulation. A nulle part donc. Lui. moi penché bien sûr sur ma carte, ma tasse vide reposant sur la pellicule de plastique qui recouvre un examplaire acheté d'occasion de la correspondance Freud-Groddeck, plutôt mince, mais déterminante à ce qu'il parrait. Comme si marchant dans Paris, on affectait de se perdre avenue Flandrin à deux pas de l'Etoile pour s'en étonner (ce qu'il lui arriva d'ailleurs), pour s'étonner de quelque chose de parfaitement banal mais ne devinant peut-être pas que son étonnement se rapporte à autre chose de completement différent, que ce sentiment d'être perdu était bien réel, que c'était cet endroit familier qui n'était pas, lui, réel.

Une autre tasse de café repose maintenant à demi bue sur le bois de la table. La tasse qui se trouvait sur Freud-Groddeck a été retirée. Seul un hémicycle légerement brunâtre en marque encore l'endroit. Persiste. Je suit la frontière orientale du luxembourg en descendant vers le bas. Trèves, ville impériale. Mais le nom est indiqué en allemand seulement, Trier. Des morceaux détachés par lui de l'oeuvre de Ravel et de Rameau, des choses qu'il avait jouées publiquement non pas des centaines de fois, pas tant que ça, pas autant que Rachmaninoff son troisième concerto, mais imprégnant, mais innoculant dès le départ pour lui seul la même lassitude, le même dégout qui infecterait bientôt sa vie entiére. Comme si la fin était déjà prévu par le temps, la tonalité inscrite au début de la partition de cette tranche de son existence. Le Maestro chez qui il habitait à-cinq-minutes-de-l'étoile se trouvait à ce moment quelque part au Portugal, peut-être à Lisbonne? peut-être à Porto? Il répétait, lisait, prenait le temps qu'il fallait pour écrire de longs textes imcompréhensibles, art autiste dans lequel il s'efforçait par un procèdé qu'il avait mis au point, qui s'était imposé de lui seul aprés quelques efforts afin de cacher la banalité de son existence, de camoufler ce qu'il soupçonnait et craignait par dessus tout, le cours ordinaire de ces pensées. Mais encore, que ne craignait-il pas? Sa femme, beaucoup plus vielle que lui, il l'avait laissée dans une banlieu de Chicago, la trompait avec des femmes, et parfois des hommes qu'il rencontrait au gré d'un hasard qu'il se fabriquait ou qui était fabriqué pour lui, se disant que les choses étaient toujours au rendez-vous à Paris. Jamais il ne rammenait personne dans l'appartement du Maestro. Sur les mûrs des peintures dont l'intention vaguement calligraphique s'articulait par des noms d'auteurs latins, en noir luisant sur une toile autrement parfaitement blanche: Horatius, Propertius. Des marques au crayon, légères, à peine visibles retraceaient des possibilités d'itinéraires, des villes se retrouvaient reliées par des réseaux formant des combinaisons multiples, denses et rapprochées entre elles dans le sud, enfilées comme on dit, toujours à partir de Munich : Munich, Augsbourg, Stuttgart, Karlsruhe en passant par Ulm, en passant par Pforzheim. mais aussi des courbes se renflant jusque vers Tuebingen, Memmingen. Vers le Sud et vers l'ouest toujours, jamais en sens contraire, le retour n'était pas envisagé, ne faisait pas parti des calculs, ni d'ailleurs les distances réelles, n'apparaissant pas considérables. Me penchant plus en avant sur la table je froissait un peu bruyamment la partie de la carte qui dépassait le rebord avec mon coude gauche, le maestro se crispait tout entier pour un rien à ce qu'il parait, son visage se contractait dans un spasme de douleur et d'irritation. De longs divans bas, clair, à vrai dire parfaitement blancs, donc les coussins sont très fermes sont poussés directement contre les murs. Occupés comme d'habitude ce soir là par les quelques invités que le maestro avaient invité pour célèbrer à coup de bouteilles, de champagne et de vin rouge, le dernier triomphe d'un compositeur qui faisait beaucoup parler de lui a ce qu'il parrait, donc pour le succès qu'obtenait un concertino de douze minutes, dont l'éxécution avait été un peu bâclé mais qu'importait personne n'avait rien remarqué.

Mais puisque trois mois me séparent du soir de ce concert (celui de Bamberg), me séparent du moment où j'écris ces lignes, je dois éviter il me semble de faire intervenir la conscience de sa mort survenue il y a de cela 3 jours et surtout des circonstances qui l'entourèrent, lesquelles continuent d'être relatées dans les médias et dont la source première a été quelques uns des nombreux témoins qui y ont assisté. D'ailleurs ces circonstances importent peu et surtout ce qu'on nous en apprend par l'appronfondissement auquel elles font l'objet. Elles faisaient nul doute partient des choses dont B. pouvait dire qu'il en avait une conscience aigue, jusqu'a la toute fin, jusqu'au moment très précis de sa mort, une conscience s'aiguisant jusqu'a l'étourdir, le tuant si l'on veut, mais de manière assez platement métaphorique et donc comme toujours ce genre de choses ne tenait aucun role déterminant, n'étant qu'un aboutissement subit du pont d'ombre lancé à tout moment devant lui, fait pour lui seul, sur lequel lui seul pouvait poser le pied mais obscurcissant sa véritable vie, non pas seulement le mouvement de son existence mais le aussi le cour qu'elle empruntait, la direction, la profondeur toutes variables. Quel intêret pour moi donc à vouloir savoir ce qui se passait dans son esprit, d'apprendre ce dont il était possible qu'il ait été conscient? à voir dans cette fin qui a été la sienne le moment clé duquel il serait possible de déduire une explication completement inutile? Ce qui est utile c'est l'assiette grattée non sans langueur de sa nouriture simple, ce sont les restes de matieres organiques, se sont ces deux tasses sales dans l'evier de la cuisine qui seront bientôt rejointes par une troisième que j'achève par sursis si l'on veut, dont je retarde le moment ou je la reposerai pour la dernière fois sur la table maintenant encombrée d'objets, de fils noirs et rouges entremelés dont les extrémité pendent du rebord de la table, la carte d'Allemagne à été repliée, il ne subsiste rien de mon intéret pour la guerre des paysans.

Donc je me garde de faire intervenir sa mort dans ce que j'appelle mes considérations. Je fais défiler sur l'ecran le fichier dans lequel j'ai consigné le grand nombre de mails que nous avons échangé B. et moi au cour d'une bonne partie du printemps et de l'été derniers. constamment il réaffirmait de rien conserver de cet échange qui avait été, dans ses début du moins, si important pour moi, si ce n'est son insistance sur le sens du role qu'il m'attribuait, de mon obligation de le divertir par les tirades polyglottes que je lui faisait parvenir trois ou quatre fois par jour et dont il lamentait la disparition à mesure que mon affection pour lui grandissait et que le besoin de le défier diminuait. Je me disais alors que j'allais finir par le lasser ou le dégouter tant je m'acharnais à pousser l'analyse de ses textes (il était aussi poête, ecrivain), mais surtout aussi de son comportement, dont je ne savais rien à part ce qu'en avait colporter des commentateur intrigués par son grand talent et ses tendances provocatices, son allure costaude, voire de culturiste, ses vestes de motard très ajustées qu'il portait souvent lors de recitals par dessus des t-shirts blancs très propres, vestes qu'il finissait par enlever, par éplucher il me semble, libérant ses volumineux biceps, des ses mains étonnemement fines et délicates, de son jeu qu'on disait excentrique. Mais la j'avoue bien peu m'y connaitre. Ils y avait aussi ces petits détails qui sont venu par la suite telle sa consommation incroyable de cigarettes.